Le Fair Warung Balé, un restaurant qui soigne les plus démunis à Bali

Lors de mon voyage à Bali et particulièrement à Ubud, je suis tombée sur un restaurant qui disait reverser la totalité de ses bénéfices pour soigner les personnes dans le besoin. Sans hésiter, je m’y suis rendue pour en savoir plus. C’est là que je découvre cet endroit magique : le Fair Warung Balé, le seul restaurant au monde qui finance un programme de soins gratuits pour les personnes les plus démunies. Je vous dévoile ma rencontre avec le fondateur du projet.

À peine arrivée, j’observe ce grand panneau, à l’entrée, composé de centaines de photos où l’on aperçoit quelquefois un caucasien soigner des indonésiens. Il doit être le créateur du restaurant. Cela fait à peine 5 minutes que j’y suis et j’ai déjà les larmes aux yeux. Nous montons les 3 marches et nous voyons ce petit endroit bondé où tout le monde (personnel comme client) a l’air de s’amuser. Par chance, il reste deux places (j’apprends qu’il est préférable de réserver pour être sûr d’avoir une table) et nous nous installons. Sur les murs, les poteaux ou même les tables, on y voit de jolies phrases dont l’espoir est le fil conducteur : « together we make the difference » ou encore « it’s amazing to see how much we can do, when no one is in search of individual glory ».

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Avec le menu, on découvre une carte expliquant le principe de la Fair Future Foundation : tous les bénéfices à 100% sont reversés pour soigner les personnes les plus démunis. On en reste bouche bée. On commande notre curry végétarien aux tempes (spécialités indonésiennes) tout en observant cette ambiance complètement folle. Lorsque notre plat arrive, on est subjugué par les délicieuses odeurs d’épices. Et bon sang, en plus d’être un lieu magique et responsable, le restaurant offre une cuisine à tomber par terre.

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À la fin du repas, j’entends parler français et je reconnais le visage que l’on peut voir sur les photos. Sans réfléchir, je me dirige vers ce monsieur qui m’inspire sympathie : Alex Wettstein. Il est suisse et parle français. Je découvre ainsi qu’il est bien le fondateur de la fondation. Je lui pose pleins de questions et comprends vite que son travail ne se résume pas qu’au restaurant. J’ai encore envie de pleurer tellement je suis touchée de voir qu’il existe des personnes au grand cœur qui agissent naturellement et qui ne demandent rien en retour. C’est décidé, je lui propose une interview pour parler de son travail et de sa fondation sur Nunkie.

Voici son témoignage :

Peux-tu te présenter pour commencer ?

« Je m’appelle Alex Wettstein, j’ai 50 ans et je suis originaire de Suisse. De profession médicale depuis plus de 25 ans, j’ai travaillé pour plusieurs organisations au cours de ces 20 dernières années. Je suis père de famille : j’ai deux filles, qui sont, elles aussi, impliquées dans la fondation pour laquelle je suis président et fondateur : la Fair Future Foundation. Je suis également bénévole dans le cadre de mes activités ici en Indonésie. »

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En quoi consiste exactement la Fair Future Foundation ?

« La Fair Future Foundation est une fondation suisse reconnue de pure utilité en Suisse et dans l’espace Schengen et autres pays divers dont les USA. La fondation est active dans le domaine médical, elle offre des soins gratuits aux plus démunis à travers plusieurs programmes tels que : des soins à domicile, l’accueil des patients dans le cadre de notre dispensaire et de notre clinique. La fondation accueille plus de 30 000 patients par an, soignés gratuitement.

Les médicaments que nos équipes médicales prescrivent sont le plus souvent liés aux carences alimentaires. Chaque année, nous prescrivons gratuitement l’équivalent de 1000 kilos de médicaments. La fondation se donne aussi comme objectif d’offrir de la nourriture saine aux familles démunies.

Les fonds sont générés par le Fair Warung Balé, le seul restaurant au monde qui finance un programme de soins gratuits, grâce au travail de 22 jeunes en difficultés sociales, âgés de 15 a 22 ans. »

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Quelle est la situation des personnes malades en Indonésie ?

« La situation ici est simple : il n’y a pas d’assurance, donc pas de soins gratuits. Le salaire moyen étant très bas (entre 50$ et 75$ mensuel), et avoisinant les 20$ par mois pour les plus pauvres, l’accès aux soins est simplement impossible pour près de 80% de la population. Une consultation médicale coûte cher et un traitement approprié est souvent équivalent à une ou plusieurs années de salaire moyen dans le cadre d’une opération chirurgicale par exemple. Conséquence ? Les gens meurent jeunes, de maladies souvent bénignes comme la Dengue, la bronchite, suite à une infection… Il n’y a pas de dépistage médical et ce, pour aucune maladie. Le sida fait des ravages, mais on en parle pas tout comme le diabète ou les maladies du système respiratoire par exemple. Beaucoup de malformation et de maladies congénitales sont également liées au manque d’eau potable entre autre…

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Quelques chiffres :

Certaines de nos recherches, comparées aux chiffres de l’OMS, concluent que l’Indonésie (y compris la région de Bali), a le cinquième plus grand nombre d’enfants “rabougris” dans le monde. Plus d’un enfant sur trois (ou 37%) a un retard de croissance.

Cela signifie que 9,5 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition et n’ont pas accès aux soins de santé. Trois millions (ou 12%) des enfants de moins de cinq ans en Indonésie ont un poids largement inférieur à leur courbe de poids idéal. Dans les zones rurales, près de deux enfants sur trois, âgés de moins de deux ans (57%), sont anémiés. Seuls 42% des enfants âgés de moins de six mois sont allaités exclusivement au sein et moins de 36% des enfants consomment des aliments complémentaires appropriés. »

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Qui sont les employés du restaurant ?

« Ils sont les anges de la Fondation : 22 jeunes gens, hommes et femmes âgés de 14 a 22 ans, ayant des difficultés sociales comme : sans emploi, pas ou peu scolarisés, mères célibataires et abandonnées. Nous avons aussi un toxicomane, une sourde et muette, un jeune homme souffrant d’autisme et des jeunes pour qui, la fondation paie l’école, envoyés par les services sociaux. Tous n’ont jamais travaillé dans un restaurant et n’ont pas de connaissances en matière de cuisine. Il ont appris sur le tas, entre eux… Par magie, les choses se sont mises en place. C’est un petit miracle ! »

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Combien de consultations médicales ont pu être offertes grâce au restaurant ?

« Depuis 2011, nous avons effectués plus de 125 000 consultations. L’année dernière, nous avons réalisés plus de 30,000 consultations incluant les traitements médicaux. »

Pourquoi l’Indonésie, Bali ?

« Aucune raison particulière. J’y travaillais déjà auparavant et j’ai ressenti le besoin de faire quelque chose de différent. J’étais déjà confronté à des problématiques locales dans le cadre de mon engagement. En effet, les grosses machines étatiques n’ont pas la réponse la plus efficace en terme d’aide à la personne… Dès lors, la création de la fondation indonésienne m’a paru comme une évidence afin de faire encore plus et surtout plus efficacement… »

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Comment s’est passé ton intégration ?

« À mon arrivée en Indonésie, j’ai été confronté à la barrière de la langue, de la religion, de la corruption… Le fait d’avoir toujours passé le plus clair de mon temps avec des locaux, m’a fait apprendre la langue du pays ainsi que les dialectes locaux en très peu de temps. C’est LA condition à une bonne intégration. En comprenant et parlant leur langue, tout devient alors plus facile, on à le sentiment d’être intégré et ils ont aussi le sentiment que l’on a envie de s’intégrer avec eux. Je n’ai pas eu trop de problème finalement, de temps en temps le mal du pays, le changement alimentaire, les 4 saisons aussi manquent parfois car ici il fait vraiment très chaud ! »

Quel est ton secret pour tenir le rythme entre l’hôpital et le restaurant ?

« Je n’ai pas de secret… Je bosse 15 heures par jour, 7 jours sur 7 depuis plus de 7 ans et de manière totalement désintéressée. La passion, la cause qui m’habite, le coeur que je mets à l’ouvrage pour faire encore plus pour les autres. Et puis, c’est une passion, un peu comme une drogue mais saine… Tous ces gens avec qui je me suis engagé sont ma vie, mon air… Sans eux, je suis dans le manque, en souffrance quelque part. Et puis c’est aussi un combat en je ne sais combien de rounds, je ne suis pas encore KO et n’ai pas l’intention de le devenir, j’ai encore des ressources. 

Le revers de la médaille ? Ma vie privée en souffre, c’est clair. Je n’ai pas de voiture, pas de maison à moi, pas d’économie et je ne vais que rarement au restaurant (sauf au Fair Warung Balé by the Fair Future Foundation évidemment). Aujourd’hui ma richesse et mon bonheur sont d’offrir de l’aide grâce à ce que je sais faire de mieux : offrir ma confiance, soigner, sourire, aimer et donner. Et je le fais gratuitement depuis des années. Ce n’est que de la joie franchement. Mon autre richesse et mon grand bonheur est de vouloir continuer à aider, à construire d’autres hôpitaux, d’autres cliniques, mais aussi de continuer sur cette voie de commerce équitable dans laquelle 100% des bénéfices sont redistribués dans des programmes sociaux ou médicaux. »

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Ton meilleur souvenir ? Une anecdote qui te tient particulièrement à coeur ?

« Il y en a des milliers… Tous les jours sont différents, chaque jour qui passe m’apporte un lot de surprises, de bonheurs, de déceptions… Il faut juste voir les choses différemment et sourire à chaque chose qui se passe.

Ce qui m’a le plus marqué est la découverte d’un enfant enfermé depuis son plus jeune âge. J’ai ouvert la porte de l’endroit où il se trouvait et j’ai découvert un enfant de 9 ans, entièrement nu qui était nourri par ce que son père lui donnait au travers d’un trou minuscule dans la porte. Un choc et le début d’un long combat de 18 mois, visant à lui rendre une qualité de vie digne de ce nom, renouer le lien familial avec son père et sa famille. Aujourd’hui, il va bien

Comment faire pour aider la Fair Future Foundation ?

« Parler de nous évidemment… Les dons sont aussi très importants. Et si vous passez à Ubud à Bali, alors venez manger à notre restaurant Fair Warung Balé by the Fair Future Foundation ! De manière générale, il faut prendre conscience que les choses peuvent changer… »

Au delà de venir au Fair Warung Balé, est-il possible d’être bénévole ?

« Oui, c’est possible… Nous collaborons déjà avec des universités et des hautes écoles en Suisse aux États-Unis et en Australie. En ce moment, nous avons même une étudiante de l’Université de Toulouse en France. »

Un futur projet ?

« L’ouverture de notre nouvel hôpital pédiatrique dans les 8-10 semaines qui viennent que nous avons construit, un projet fou, mais nous touchons au but désormais… »

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Pour finir, as-tu un message à faire passer à nos voyageurs responsables ?

« Trouvons les moyens de faire en sorte que nous puissions partager, donnons une partie de nos gains, de notre temps, de nos choses aussi. Si toutes les grandes entreprises de notre monde décidaient de redonner 0.1% de leurs bénéfices et profits, alors nous serions à même de pouvoir offrir des soins gratuits à l’ensemble de la population dans le besoin et ce, à l’échelle du monde. 0,1% mes amis… »

Se rendre et payer un repas au restaurant Fair Warung Balé, c’est donc participer à ce beau projet tout en se régalant. Alors si vous êtes de passage à Bali, foncez !

Pour y aller : Jalan Sriwedari 6, Taman Kaja, Ubud, Bali 80517, Indonésie
Pour en savoir plus : www.fairfuturefoundation.org
Si vous voulez faire un don
Retrouvez la Fair Future Foundation sur Facebook

Et si vous voulez en savoir plus sur les habitants balinais et leur quotidien, découvrez aussi mon expérience chez l’habitant au Nyambu Village.

2 Commentaires

  1. Charlène dit :

    Wouah quel témoignage ! Ça fait du bien de voir qu’il existe des hommes qui donnent tout comme ça ! Un témoignage très émouvant qui redonne foi en l’humanité. J’aurai tellement voulu tomber dessus à Ubud, une autre fois, ça c’est sûr !

  2. Christophe dit :

    Je reste bouche bée ! respect! j’ai la chance de venir à Bali tous les ans depuis 2011 pour ma propre association à Kusamba. Je viens de découvrir ce message qui s’ouvre à moi comme une grande leçon de vie. Je ne manquerai de venir vous rencontrer. A bientôt Cadek

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